Lorsque notre fils Arnaud, 35 ans, nous a quitté, volontairement, personnellement j’ai d’abord été comme assommé ; je me répétais : ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible,
Ses frères et sœurs avaient été prévenus et c’est l’une de mes filles qui a osé nous le dire. Nous venions d’arriver chez elle à Montréal et elle avait eu la délicatesse d’attendre le lendemain de notre arrivée pour nous l’annoncer.
Tout de suite nous avons commencé des démarches pour trouver un moyen de retour en France. Un peu comme un somnambule nous avons réussi 48 heures après à revenir mais trop tard pour le revoir. Devant le désarroi de sa maman j’ai essayé d’aplanir les difficultés rencontrées.
Cette hyperactivité a été le commencement de remonter la pente. Ensuite toutes les démarches administratives pour la sépulture, et la j’ai craqué en ce sens que je n’ai pas eu le courage d’aller vider son appartement de ranger ses affaires que je n’ai pas pu voir.
Encore maintenant les objets, outils, habits, photos qui lui appartenaient me blessent lorsque je les rencontre.
Rapidement, nous avons eu la chance d’apprendre qu’il existait au Mans un lieu de rencontre où on pouvait se faire aider en partageant sa souffrance. Où l’on découvrait que l’on n’était pas seul, que d’autres personnes avaient rencontré aussi une situation de désespoir et que peut-être nous, nous pouvions aussi les aider, ne serait-ce qu’en les écoutant.
Aujourd’hui, je ne suis plus le même. Je me suis reconstruis et profitant de cette épreuve j ai modifié mes centres d’intérêt, émondé mes futilités et me suis concentré sur l’essentiel. C est d’autant plus facile que je sais qu’il me reste peu de temps.
On fait un magnifique travail avec Bernadette qui est de plus en plus admirable. En essayant de ne pas être trop fusionnels, on arrive à une qualité relationnelle que je souhaite à tous.
Je fais plein de projets je veux installer des panneaux solaires pour chauffer mon eau. Et trouver un broyeur de branches de bois.
On discute et on se dispute pour savoir qui laissera l’autre tout seul. Mais en moyenne on s’amuse bien. Et je n’arrive pas à ne pas vous le faire partager.
Bernard