Oui, vous en sortir est possible et c’est tout à fait normal que vous soyez dans cet état seulement deux mois après.
Vous vous isolez, dites-vous et c’est normal aussi que vous ne supportiez rien ni personne.
Vous avez besoin de temps et ne plus avoir envie de pratiquer vos activités est totalement compréhensible et peut-être nécessaire pour un temps.
Livrée à ce « tsunami » (un ouragan qui dévaste tout sur son passage, c’est bien cela ?) vous ne pouvez évidemment pas agir comme s’il ne se produisait pas.
Vous ressentez aussi que votre état empire parce que les semaines qui s’écoulent ancrent la douleur et le caractère irréversible de la perte.
Ce que vous vivez est donc une conséquence prévisible et « logique ». Et en même temps, ces conséquences vous font peur car vous pouvez croire que cela sera toujours ainsi et peut-être de pire en pire. A cette peur, se mêlent la culpabilité, la colère, la révolte, le sentiment d’impuissance qui forment un mélange épuisant à vivre.
A l’hôpital, on sait qu’il faut toucher les plaies des grands brûlés avec précaution en raison de la douleur atroce réactivée par le contact et aussi en raison des risques d’infection.
C’est la raison pour laquelle vous fuyez votre entourage, parce que vous êtes une grande brûlée. Au fond, vous vous voulez sans doute du bien et vous savez que vos proches risquent d’aggraver la douleur de votre plaie ou l’envenimer avec bonne intention mais maladresse.
Ce repli est donc compréhensible et peut-être salutaire mais dites-leur. Dites-leur que vous comprenez qu’ils vous veulent du bien mais que tout vous blesse davantage et que vous avez besoin de temps.
Du temps, il va vous en falloir et aussi du soutien adapté. Vous ne voulez pas d’hospitalisation, soit. Vous avez vos raisons et peut-être raison. Cependant, si vous sentez à un moment que c’est « ça ou le suicide », allez-y.
Vous ne semblez pas suicidaire, surtout désespérée, non pas d’un mal-être existentiel, mais en réaction à cette situation tellement douloureuse. Cependant, si des idées de suicide se développaient, parlez-en à votre généraliste puisque vous lui faites confiance.
Dès que cela vous semblera possible (acceptez que ce soit long), reprenez petit à petit les activités que vous aimiez, comme en rééducation.
En attendant, peut-être, marchez, dans la campagne si vous y êtes. Écrivez aussi si ce moyen vous permet un soulagement.
Chaque petit pas compte, si petit semble t’il.
J’anime des groupes d’entraide pour personnes en deuil depuis 10 ans et je suis témoin de ces lentes remontées des enfers pour certains.
Je sais que c’est possible. Je sais aussi que la plongée précède la remontée et que vous avez peut-être le sentiment de couler. Non, vous allez toucher le fond, vous y êtes peut-être et vous remonterez, c’est possible !
Alors, vous aurez de nouveau accès, de façon bienfaisante, à l’affection, l’amitié et l’amour des vôtres. Geneviève
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