J’apporte mon témoignage parmi tant d’autres, un message d’espoir après une douloureuse épreuve qu’est le suicide.
L’histoire en quelques mots :
Je voyais que ma filleule (15 ans) n’allait pas très bien et après plusieurs discussions avec sa mère (ma sœur), j’apprends que ma nièce a fait plusieurs tentatives de suicide.
J’essaye de discuter avec ma filleule mais elle est incapable de parler, de dire pourquoi elle allait mal. Par contre elle a préféré écrire : « je sais que vous avez un secret, que ce secret vous fait souffrir et je ne supporte pas de vous voir souffrir »
Un terrible bouleversement s’est produit en moi car 17 ans auparavant un de mes frères s’était suicidé en laissant une lettre adressée à moi et mon autre frère. Une lettre où il évoquait clairement le gros problème de communication avec mon père (et c’était une réalité) mais une lettre qui est devenue un secret de famille car on a jamais abordé ce sujet que ce soit entre frère et sœur et encore moins avec les parents. Chacun a gardé sa souffrance, l’a enfouie au plus profond de soi-même et il n’en a plus jamais été question sauf que ... quelques jours avant ses 18 ans, ma nièce s’est suicidée, 20 ans après le suicide de mon frère dans des circonstances similaires.
Et là, j’ai été envahie par la peur "ça continue ", "pourquoi ", la peur, la peur......la peur pour mes enfants. Il fallait que ça s’arrête !
J’allais de moins en moins bien. C’était trop lourd à porter. Ce n’était pas possible d’en parler avec ma famille. Je ressentais pourtant le besoin de dialoguer avec mon père, pour savoir ce que lui avait ressenti au moment du suicide de mon frère. Un moment très fort, où il a évoqué la difficulté de parler vrai avec ma mère, la difficulté pour lui d’exprimer ses sentiments. Il a beaucoup parlé de son passé : la maltraitance, la double alliance, le problème de communication : une souffrance qui l’empêchait d’assumer son rôle de père. Il était vraiment sincère et c’est la première fois où je lui ai dit que je l’aimais et que j’avais besoin de lui.
C’était difficile à vivre, je ne savais pas avec qui parler de tout ce que je vivais et ressentais, du chagrin qui m’envahissait, de la colère qui m’habitait et de voir mes enfants qui en souffraient aussi. Sans compter la culpabilité : voir deux de mes proches souffrir, avoir le sentiment de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour les aider. Je ne pouvais plus supporter tout ça !
J’ai donc commencé par le groupe d’entraide, le début d’un long parcours. Ce groupe m’a beaucoup apporté car j’avais un lieu où parler de ce que je vivais, un lieu d’écoute et de respect, un lieu qui m’a permis de mettre des mots sur ma souffrance, mes sentiments, mes émotions. C’était très difficile pour moi, je n’avais pas l’habitude d’exprimer mon ressenti.
Le groupe d’entraide m’a permis de prendre conscience d’une grande souffrance intérieure et m’a incité à suivre une psychothérapie.
J’ai donc continué mon parcours avec l’aide d’une psychanalyste.
J’ai ressenti un grand soulagement lorsque j’ai emmené les lettres de mon frère car l’histoire familiale était lourde à porter et j’avais besoin de comprendre. Ce silence familial était une épreuve, "faire comme si rien ne s’était passé", c’était impossible pour moi !
C’est un travail très profond où on nous renvoie des choses qu’on n’aimerait pas toujours entendre. Il y a eu des périodes de flottements, des périodes où j’avais envie de tout laisser. Le soutien autour de moi m’a permis de tenir bon.
J’ai posé des limites avec ma famille, surtout avec ma mère,
J’ai exprimé ce que je ne pouvais pas accepter.
J’ai mis des distances,
et j’ai osé être vrai avec moi-même
Je me suis également appuyée sur des ouvrages pour favoriser une communication plus saine et plus bénéfique pour moi et les autres. Un long travail sur soi qui m’a permis de changer de mode de communication : éviter les paroles culpabilisantes, essayer d’utiliser des paroles valorisantes et un langage d’amour. J’ai observé les besoins de mon père et me suis rendue compte que l’expression de son amour passe par les services rendus. Je le cite car c’est ce qui m’a permis de créer un nouveau lien avec mon père et pour lui d’assumer son rôle de père. Ce sont plusieurs mois d’efforts persévérants qui ont débouché sur un résultat positif.
Le groupe d’entraide, le suivi psy, le nouveau lien avec mon père m’ont permis de me reconstruire.
Je dois un grand MERCI à mon mari qui a eu beaucoup de patience et a su m’écouter.
Un grand MERCI à mes enfants aussi qui m’ont aidé à persévérer, à leur façon, par leurs mots, leurs ressentis. L’aide de la psy a été précieuse pour comprendre ce que mes enfants voulaient me dire.
Aujourd’hui, 4 ans après le suicide de ma nièce, je me sens bien et heureuse de vivre. Le chagrin est toujours là mais plus acceptable. Quelque part, je suis fière de mon parcours. Il a fallu du temps, il y a eu des moments difficiles mais le résultat est encourageant.
MERCI à tous ceux qui m’ont accompagné sur ma route
Isabelle